Tel que pouvait l’affirmer le rapport Meadows en 1972, la poursuite du rythme actuel des extractions de minerais conduirait à un effondrement inéluctable de nos économies à terme. Après 45 ans passés, outre les menaces de la pollution et des changements climatiques, les échéances sont confirmées, toutefois avec un répit d’un demi-siècle. Plutôt que de demander plus d’Etat ou plus de marché, ou de nous condamner à une décroissance lente, l’auteure nous propose une alternative formée par la symbiose d’économies régénératrices, d’abord agricoles, puis industrielles, et enfin de gestion productive de l’information. Le leitmotiv exemple est d’abord la photosynthèse qui transforme l’énergie en matière et fixe le CO2. Elle nous parle d’abord de ces villes où des systèmes naturels à base de plantes ont remplacé des stations d’épurations chimiques et dispendieuses. Dans ses exemples, à Catskill près de New York, à Wuhan, à Culembourg, ou à Nanterre, des réalisations sont en place et le paysage des villes, avec des fermes adjointes, en est de plus modifié de manière plaisante. C’est la partie des écosystèmes du vivant. Deux voies sont ensuite explorées. Les complémentarités opérationnelles en matière de récupération d’énergie et de matériaux génèrent des économies circulaires substantielles. De nombreuses coopérations de fait entre acteurs de l’Internet existent aussi déjà, en termes d’échange d’information et de services. Poussés plus loin, ces échanges peuvent là aussi produire des économies avec des mutualisations de hardware, ou de software dans l’optique Open. La mise en commun de ressources entrainera une nouvelle logique d’accès aux équipements matériels, plutôt que leur possession personnelle. Il s’agira de maîtriser les écosystèmes de cette technosphère. Enfin, et de façon que les utilisateurs des plateformes ou des Communs- au sens large- bénéficient des capacités maximales de leurs fonctionnalités, la gouvernance de ces Communs doit être adaptée en coopérative d’utilisateurs ou d’entrepreneurs. Cette préoccupation est celle de l’écosystème social. C’est une conjonction synchrone des écosystèmes du vivant, techniques et sociaux qui réaliseront la symbiose attendue.
L’auteure s’affirme avec éloquence tout au cours de ce long ouvrage, en effectuant la promotion de règles et de concepts qui vont triompher de manière inéluctable. Regrettons que pour organiser une transition vers cette nouvelle organisation « du possible », soutenue par des comportements vertueux indispensables, elle minimise néanmoins toute évaluation des dynamiques sociale et financière à mobiliser depuis l’existant. D’ailleurs, en toute fin de conclusion, elle doute elle-même de leur généralisation dans nos sociétés déjà structurées.
Isabelle Delannoy est ingénieure agronome et dirige l’agence Do-Green économie symbiotique.