Cet éditorial recense les contributions du numéro de la revue Vie & Sciences de l’Entreprise (VSE) 216-217. Ce double numéro, avec plus de 400 pages, est beaucoup plus dense que d’habitude… Peut-être que nous pouvons y voir ici le signe de l’attrait grandissant de notre revue depuis ces dernières années. Notre volonté d’avoir une ligne éditoriale élargie avec une volonté d’être ouvert aux différents enjeux des Sciences de Gestion et du Management prend ici toute sa place auprès des chercheurs et praticiens que vous êtes. Dans le respect des standards académiques, nous nous efforçons d’accompagner au mieux les contributions qui nous sont proposées afin de leur offrir une place dans cette revue en leur donnant l’opportunité d’y être publiées. Ce travail est dense, vous vous en doutez, mais il vient témoigner de l’intérêt du comité éditorial de VSE de contribuer à notre discipline afin d’apporter modestement notre contribution à notre communauté scientifique. Ce travail est le signe que les Sciences de Gestion et du Management s’exercent collectivement. Nous avons beaucoup de fierté à vous présenter ici les principales contributions de ce numéro 216-217. Vous y avez une diversité de thématiques abordées avec des chercheurs et praticiens d’horizons différents. C’est peut-être l’une des marques de fabrique de notre revue : nous n’avons jamais cherché à orienter les publications sur certaines thématiques ou vers certains courants de pensées. Le comité éditorial est composé d’individualités qui, bien entendu, s’inscrivent dans des spécialisations avec des accointances perceptibles dans nos propres publications. Cependant, nous nous efforçons de garder une neutralité indispensable à la pluralité des débats scientifiques afin d’y refléter la diversité des débats scientifiques en cours en Sciences de Gestion et du Management. Le débat d’idée est la base d’une communauté scientifique riche, dynamique et finalement progressiste. VSE a toujours cherché à s’inscrire dans cette démarche d’ouverture scientifique. Les approches dogmatiques sont à l’origine de débats stériles dans le sens où la confrontation des travaux des uns et des autres ne peuvent que venir renforcer l’intérêt de la Science. C’est dans cet esprit que nous vous proposons ici les principales contributions intellectuelles de ce numéro 216-217 dont nous espérons que vous pourrez y prendre plaisir en les parcourant.

Gilles Brun et Philippe Ducatteeuw ont pu réaliser un article sur le « Risque de régression de l’ajustement de l’imago des membres d’un groupe : réactivité résiliente du leader ». Toute personne qui intègre un groupe le fait nécessairement avec un bagage. Le leadership psychologique a la responsabilité de veiller en continu à cette dynamique des représentations mentales de chacun des membres du groupe. Il lui revient de coconstruire les formes et conditions d’un dialogue respectueux de la persona de chacun et favorable à la résilience individuelle et collective, de mener le processus de réajustement des imagos de chacun des membres du groupe.

Nancie Rakotondrajao et Jean-Paul Mereaux ont quant à eux écrit un article sur « Valoriser comptablement et financièrement le bénévolat : ce que les responsables d’associations en pensent… » Le bénévolat représente une ressource essentielle pour une grande majorité des associations, plus particulièrement celles qui sont non-employeuses. Conscientes des enjeux, certaines associations tentent de valoriser ces contributions. Il est ici proposé de compléter les méthodes d’évaluation existantes, car jusqu’alors basées essentiellement sur la valorisation du temps passé alors qu’il conviendrait aussi de valoriser les compétences, les expériences des bénévoles ne sont pas prises en compte.

Jean-Jacques Pluchart réalise ici un article sur la « Transformation des entreprises et tiers de confiance : la mutation de la chaîne de confiance dans le management des entreprises ». Cette recherche soulève la problématique de la perception par les auditeurs légaux et les vérificateurs sociétaux, des mutations - en cours et souhaitables - de leurs missions, de leurs compétences et de leurs méthodes, destinées à préserver ou à renforcer leur statut de tiers de confiance au service de l’entreprise. Ces facteurs sont de nature institutionnelle (le foisonnement réglementaire et normatif, le relèvement des seuils d’audit obligatoire), technologique (l’émergence de l’IA et de la blockchain) et organisationnelle (la multiplication des contrôles, audits et vérifications internes et externes à l’entreprise).

Médéssè C. F. Gandégnon a plutôt orienté son travail sur « 10 propositions théoriques pour renouveler l’étude de la décision de financement dans la petite entreprise par le dirigeant ». La finance entrepreneuriale a longuement abordé la question du financement des Petites Entreprises (PE) sous le prisme exclusif de l’offre de financement, délaissant la compréhension des mécanismes de la demande, pourtant essentielle et incarnée notamment par le dirigeant. Il en résulte un modèle conceptuel quadridimensionnel articulé autour de la personne du décideur, le processus de la décision, l’influence des financeurs et l’objet du financement. Son analyse fait ressortir dix propositions théoriques destinées à compléter et/ou renouveler l’étude de la décision de financement dans la PE par le prisme de la demande.

Othmane Cherrad a pu travailler sur « La restructuration du contrat psychologique à l’épreuve de la régulation sociale : le cas d’un EHPAD non lucratif ». La pandémie du COVID-19 qui s’est abattue sur les EHPAD en France a profondément bousculé les pratiques de ces professionnels de santé. Cette recherche qualitative, à caractère longitudinal, se propose de relever la dynamique d’évolution des termes du contrat psychologique des acteurs d’un EHPAD non lucratif. Les cadres conceptuels d’adaptation et de régulation sociale, dans le cadre d’une triangulation méthodologique, permettent de déterminer l’influence de ces critères individuels et d’autres critères organisationnels sur le processus d’adaptation et de restructuration du contenu du contrat psychologique des acteurs évoluant dans cet établissement.

Marwa Tounsi a réalisé un article en anglais sur « The impact of IFRS on earning management activities among French companies ». Il y est abordé la divulgation financière et son influence sur la gestion des résultats en comptabilité d'exercice en France. L'objectif de l'étude est de mettre en évidence l'impact de l'adoption des IFRS sur la pertinence de la valeur des résultats ainsi que sur les chiffres comptables. Il y a été examiné l'impact de l'adoption des nouvelles normes sur gestion des revenus et en particulier sur la gestion des revenus basée sur la comptabilité d'exercice. Les prédictions sont valables pour la pertinence de la valeur et les chiffres financiers ainsi que pour la gestion des revenus basée sur la comptabilité d'exercice. Il en ressort que l'adoption des IFRS a une incidence négative sur la gestion du résultat selon la comptabilité d'exercice.

Dans le cadre du prix de thèse de l’ANDESE, Bruno Cardinale a quant à lui travaillé sur « Les représentations sociales du repas gastronomique ». La découverte d’un pays passe par celle de sa gastronomie, faisant du repas un espace au sein duquel se décryptent les besoins physiologiques de l’Homme, mais aussi ses croyances, ses représentations, ses valeurs, et sa culture. Consciente des enjeux liés à la gastronomie Française, la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires porta le projet du classement du Repas Gastronomique des Français (RGF) sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le processus impliqua une définition du RGF qui ne fit pas l’objet d’un consensus. La question demeure : qu’est-ce qu’un repas gastronomique ? Dans cet article, les représentations du repas gastronomique sont étudiées et classées pour mieux en préciser le concept et les orientations.

Dans le cadre du prix de thèse de l’ANDESE, Catherine Favreau a réalisé un article sur « Familiarisme et management RH au sein d’une entreprise familiale : avantages et limites ? ». L’automatisation d’activités et la digitalisation de services entrainent des changements au sein des entreprises, avec le besoin de nouvelles compétences voire l’apparition de nouveaux métiers. Dans cet article, la recherche s’intéresse aux potentielles limites d’une politique de stabilité d’emploi au sein d’une entreprise familiale. La littérature étudiée inclut les concepts théoriques de capital social familial, les attributs bivalents des rôles exercés par les parties prenantes dans l’entreprise, l’approche basée sur les ressources. Se doter des ressources adéquates pour adresser les enjeux de la transformation digitale demande de reconsidérer les relations entre les parties prenantes de l’entreprise, son organisation et ses particularités de fonctionnement.

Dans le cadre du prix de thèse de l’ANDESE, Diana Castro Herrera a réalisé une contribution sur l’« Analyse textuelle des informations sur le risque climatique dans les documents 10-K à l'aide de la reconnaissance des entités nommées ». L’analyse des informations sur les risques climatiques contenues dans les documents 10-K déposés entre 2010 et 2018 a été réalisée. On y constate que davantage d'entreprises cotées au S&P 500 divulguent des risques climatiques tout au long de la période d'échantillonnage, mais le niveau de spécificité y est faible. La reconnaissance des entités nommées (NER) est employée pour capturer la spécificité des divulgations. Ce travail examine également la spécificité des informations sur les risques de transition et les risques physiques, ainsi que les différences entre les secteurs d'activité.

Dans le cadre du prix de thèse de l’ANDESE, Quentin Plantec, Pascal Le Masson et Benoît Weil ont fait un article portant sur « Une analyse des relations science – industrie au travers de la notion de couplage : vers un modèle à double-impact simultané ». Ce travail conceptuel vise à définir la notion de couplage science-industrie, une lecture gestionnaire et cognitive des relations entre ces deux sphères, plutôt qu’une approche institutionnelle ou économique. En se basant sur des découvertes majeures, leurs liens divers avec l'industrie et des données d'archives, l'article examine les couplages dans trois contextes typiques : transfert, recherche industrielle et recherche partenariale. L'article suggère un modèle alternatif, le couplage à double impact simultané, décrivant des relations d'exploration et d'enrichissement mutuel entre les acteurs, adapté pour analyser certaines tendances actuelles et passées entre science et industrie. La théorie C-K, permet notamment de décrire ce couplage, et offre une voie prometteuse pour comprendre les relations science-industrie.

Dans le cadre du prix de thèse de l’ANDESE, Jean-Marie John-Mathews a quant à lui travaillé sur « Un cadre d'autorégulation pour l'éthique de l'IA : opportunités et défis ». Un outil d'autorégulation pour la conception d'IA lui a permis d’intégrer des mesures sociétales telles que l'équité, l'interprétabilité et la confidentialité. Une interface a ainsi été créée permettant aux data scientists de choisir visuellement l'algorithme d’autoapprentissage (Machine learning / ML) qui correspond le mieux aux préférences éthiques des concepteurs d'IA. En utilisant une méthodologie de Science du Design, il a été démontré que l'interface est facile à utiliser, permettant de mieux comprendre les enjeux éthiques de l'IA. Cette interface génère des débats et rend les algorithmes plus éthiques et opérationnels pour la prise de décision. Il a ainsi été démontré que les experts en mégadonnées peuvent choisir librement de sacrifier certaines performances pour atteindre des algorithmes plus éthiques, à condition d'utiliser des outils réglementaires appropriés. Il y est aussi décrit les conditions dans lesquelles cette approche technique et autorégulatrice peut échouer.

Ce numéro 216-217 se termine par 4 tribunes/points de vue d’experts avec les contributions de Jérôme Baray, Gérard Cliquet et Yves Soulabail « Communautés thématiques et images des groupes de la grandes distribution française dans les médias », Nizar Al-Sharif, Athanase Plastiras et Marios Menexiadis « Fraud triangle red flags as a methodology: lessons from the Greek case », Brice Barois, Myriam Ben Saad, L’Hocine Houanti et Mourad Kertous « Pollution de l’air, incidence et surmortalité à l’heure de la COVID-19 : cas des départements français » et enfin Isabelle Baudet et Thibault Cuénoud « Quelle place pour les sociétés de capitaux dans l’économie sociale et solidaire ? Analyse du choix de leur intégration par le législateur français ». Les chroniques portant sur les derniers ouvrages sortis ont été réalisées par Jean-Jacques Pluchart.

Chers lecteurs, merci pour l’intérêt que vous porterez à ce numéro.