Résumé :
L’entreprise libérée (EL) est un concept encore émergent. Les travaux académiques se sont multipliés ces dernières années pour tenter de contribuer à sa clarification conceptuelle, mettre à jour ses caractéristiques et le distinguer de concepts proches (Holacratie et Opale notamment). L’approche empirico-statistique adoptée par l’ensemble de ces recherches contribue à la caractérisation d’un type « moyen », au sens de Weber, reflet des expérimentations réelles d’adoption du concept, et non à sa conceptualisation en tant que type « pur ». Nous montrons dans cet article comment l’absence d’un référentiel commun univoque génère deux types de problèmes : la justification des terrains et l’interprétation des résultats. Devant cette impasse, et pour lever cette ambiguïté épistémologique, nous proposons d’adopter une approche idéaltype wébérienne de l’EL. En effet, le type « pur » sociologique offre un outil heuristique pertinent aux chercheurs. En s’appuyant sur la « rationalité en valeur » du concept et son « sens visé », tels que décrits par les auteurs pionniers et sur la base d’une sélection de travaux académiques significatifs, ses traits essentiels sont identifiés. L’idéaltype de l’EL est ainsi constitué de huit traits, liés par le sens, de façon rationnelle et cohérente. En particulier, sa philosophie humaniste et sa radicalité (dans la suppression de la hiérarchie), résultat du processus d’accentuation, sont au cœur de son univocité, et donc de son utilité théorique pour le champ. Cet idéaltype sera confronté à plusieurs cas et aux écueils empiriques de la libération les plus fréquents pour montrer comment cet outil méthodologique permet de renforcer les contributions des chercheurs sur le sujet.
Mots-clés : entreprise libérée, idéaltype, Weber, Getz, radicalité, épistémologie